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Vostok, base Russe en Antarctique
30.décembre 2010.
Sous la glace, une plongée à travers les âges
Olivier Dessibourg ( le Temps 29.12.10
)
La base russe de Vostok.
La calotte antarctique recouvre un monde inconnu. Un lac 70 fois plus
volumineux que le Léman qui dort en dessous depuis des millénaires
devrait bientôt livrer ses secrets. Les chercheurs espèrent y trouver de
nouvelles formes de vie
Sombre et fuyant, c’est l’un des Graals scientifiques de ce début de
siècle. Sombre, car l’objet de tant de désirs se trouve enfoui sous des
kilomètres de glace, au bout du monde, et n’a pas vu la lumière du jour
depuis 14 millions d’années. Fuyant, car c’est de l’eau, douce. Trois
équipes sont en course pour extraire le précieux liquide de l’un des 150
lacs repérés sous la calotte polaire de l’Antarctique. Et avec lui,
peut-être, des formes de vie microbiologique vieilles comme la nuit des
temps, voire inconnues. Une découverte qui stimulerait la recherche de
vie extraterrestre sur des corps célestes, comme Europe et Callisto,
deux lunes de Jupiter dont la surface gelée couvrirait un océan.
En 2012-2013, les membres du British Antarctic Survey
vont percer un trou à travers 3 km de glace jusque dans le petit Lac
Ellsworth, dans l’est du continent. Et les Américains du
projet Wissard vont
pénétrer dans le Lac Whillans près de la banquise de Ross, qui, lui,
est connecté à l’océan par des canaux subglaciers. Mais les vainqueurs
de cette épopée seront probablement les Russes.
A leur base de Vostok, au milieu du désert de glace, ils vont
achever leur carottage de près de 3,8 km, commencé dans les années 1990,
afin de goûter à
l’eau
d’un lac lové dans un bassin totalement isolé. Et cela «à fin
janvier 2011, peut-être», glisse Valery Lukin, chef de
l’Institut de recherches arctiques et antarctiques de Saint-Pétersbourg.
Il a obtenu le permis de forage des autorités russes le 23 novembre,
après avoir déposé auprès du
Secrétariat du
Traité de l’Antarctique
son Evaluation environnementale complète, un document attendu depuis
2003 par la communauté scientifique. Les travaux doivent commencer en
cette fin décembre.
Confirmé par des images satellites en 1993, le lac Vostok est vaste de
15 500 de km2, profond en moyenne de 400 m mais de près du triple par
endroits, et volumineux comme 70 fois le lac Léman. Il est recouvert par
un des glaciers formant la calotte. A son contact, l’eau du lac s’est
mise à geler, formant de la «glace d’accrétion».
A la fin des années 1990, les Russes, étudiant le paléoclimat de la
Terre en recourant à des carottes de glace, sont parvenus à extraire des
fragments de cette glace d’accrétion. Provoquant une dispute entre deux
groupes qui l’ont analysée. Le premier, emmené par
John Priscu, de l’Université du Montana, y a
découvert une concentration élevée de bactéries (des milliers par
millilitre). De quoi susciter des espoirs fous, même si cette
communauté présentait une faible biodiversité.
Le doute a été soulevé par un groupe franco-russe, remarquant une
ressemblance de ces micro-organismes avec des espèces connues. Sergey
Bulat, de l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg, en
faisait partie: «Oui, nous avons aussi trouvé des bactéries, mais la
majorité proviennent de sources de contamination.» Première d’entre
elles, le kérosène utilisé pour remplir les puits de forages, qui ne
gèle pas et permet de maintenir ceux-ci ouverts, mais qui n’est pas
stérile.
Le débat est relancé lorsque les Russes annoncent tout de même une
bizarrerie: la signature ADN de trois espèces de bactéries thermophiles
vivant habituellement dans une eau avoisinant les 50 à 95 °C, dont deux
inconnues au bataillon des microbes. Et une autre controverse de naître:
«Certains scientifiques estiment qu’il existe des sources hydrothermales
au fond du lac», dit Martin Siegert, glaciologue à l’Université
d’Edimbourg. D’autres n’excluent pas que des événements sismiques aient
pu avoir lieu jadis – ce qui expliquerait l’existence de failles
profondes –, mais doutent que l’activité tectonique soit aujourd’hui
telle que des fumerolles chauffent encore l’eau.
«C’est dans les profondeurs du lac que se trouvent les choses les plus
intéressantes, estime John Priscu. Mais toutes les spéculations
resteront vaines tant qu’on n’y aura pas pénétré. Alors faisons-le!»
Tous ses pairs ne sont pas d’accord avec lui. Dès 1998, craignant une
contamination de cet environnement peut-être unique, ils ont demandé aux
Russes, par ailleurs fortement freinés par des problèmes techniques ces
dernières années, de s’assurer de certains aspects écologiques avant
d’aller de l’avant.
«Nous avons fait toutes les études nécessaires», indique aujourd’hui
Valery Lukin. Par exemple, la glace située juste sur la surface est
composée de très grands cristaux (1,5 m de diamètre), si bien qu’«il est
impossible que le fluide utilisé dans le forage filtre dans le lac». Les
techniciens russes ont aussi développé une nouvelle «tête de forage».
«Le fond du trou se trouve actuellement à 3650 m de profondeur. De là,
nous allons forer jusqu’à 3725 m avec la technique mécanique
habituelle», dit Valery Lukin. Puis les chercheurs utiliseront une sonde
thermique qui va faire fondre la glace et se glissera à travers elle
jusqu’au lac, environ 25 m plus bas. Le tout avec un lubrifiant plus
propre que le kérosène (de l’huile de silicone) et moins dense que
l’eau, offrant la garantie qu’il ne coulera pas dans le lac. «Nous
attendrons probablement la saison 2011-2012 pour tenter les derniers
mètres. Mais comme nous ne savons pas exactement où se trouve
l’interface eau-glace, la percée pourrait avoir lieu au début février
2011 déjà…»
La différence de pression entre le fluide de forage et l’eau du lac
devrait alors faire remonter cette dernière dans le trou, où elle
gèlera. Les scientifiques iront récupérer cette eau de regel, afin de
l’analyser. A moins que les choses tournent moins bien:
certains spécialistes ont estimé en 2003 que, vu l’immense concentration
d’oxygène dans l’eau – 50 fois plus grande que dans la mer –, percer ce
réservoir subglacier le ferait dégazer et exploser comme une bouteille
de champagne bien secouée… Des allégations que réfute Valery Lukin,
se basant sur ses propres analyses.
«Il est impossible d’éliminer tous les risques», résume Manfred Reinke,
secrétaire exécutif du Traité de l’Antarctique. Mais les Russes, qui
viennent d’investir 975 millions de dollars sur 10 ans pour consolider
leur présence en Antarctique, «ont satisfait au mieux à toutes les
exigences environnementales, dans l’esprit du Traité. C’est crucial, car
lorsque l’entrée dans le lac sera faite, ce sera un moment très émouvant
pour la science.»
Raphaëlle O'Brien
On a appris début décembre 2010 qu’il ne faudrait plus que quelques mois
aux Russes pour qu’ils achèvent la percée des 4.000 m de glace qui
recouvrent le lac Vostok: fin février 2011, les eaux vierges que
recèlent le sous-sol de l’Antarctique seraient atteintes. Pourquoi
l’enjeu est-il de taille?
Le lac Vostok - NASA/Goddard Space Flight Center Scientific Visual
La calotte glaciaire recouvre des lacs isolés de l'extérieur depuis des
millions d'années. Les Russes vont bientôt percer la glace recouvrant le
plus grand.
Une découverte datant de 1996
Dans les années 1960, des savants émirent l’hypothèse qu’une mer de la
taille du continent européen existait sous les glaces de l’Antarctique.
Jamais on ne la découvrit. En revanche, on établit que la calotte
glaciaire dissimulait une multitude de lacs.
En 1996, une expédition britanno-russe qui étudiait le climat du
paléolithique depuis 1989 décela, en forant la glace, l’existence d’un
lac immense à l’aplomb de la base polaire russe de Vostok. On le baptisa
en conséquence, avant d’établir ses dimensions imposantes: situé sous le
niveau de la mer, il mesure 250 km de long sur un minimum de 50 de
large, présente une circonférence de 1.030 km, une surface de 15.500
km2! Quasiment l’équivalent du lac Ontario ou de deux fois la Corse. On
a par ailleurs repéré au moins 37 lacs sous-glaciaires, de plus petite
taille, dans les environs du lac Vostok, mais plus hauts sous la glace
et sans lien avec le géant. Les risques du forage vers les eaux
sous-glaciaires
Dès la découverte de Vostok en 1996, les
opérations de forage ont commencé, mais elles ont été interrompues à
deux reprises. La première fois en 1998, à la demande de la communauté
internationale, qui voulut que l’on attende de disposer d’une
technologie garantissant que ces eaux préservées ne soient pas
souillées. Les travaux recommencèrent en 2005, avec des moyens
techniques spécialement élaborés à cet effet, mais durent cesser de
nouveau en raison de la rupture d’une foreuse. La nouvelle tentative,
entreprise en 2009, devrait être la bonne. C’est en tout cas ce que
promet Alexandre Frolov, le directeur du Roshydromet (Service fédéral
russe d'hygrométrie et de surveillance environnementale), qui prévoit
d’atteindre les eaux du lac au cours de l’hiver 2010-2011. La prudence est toutefois de mise. En
effet, aux dires de Chris McKay, de la Nasa, il convient de faire très
attention en forant, «parce que les concentrations de gaz pourraient
rendre l’eau très instable et potentiellement dangereuse». Il n’est
pas absurde, selon lui, d’imaginer qu’elles pourraient provoquer une
explosion en surface. Dans ces conditions, ou dans l’éventualité d’un
contact malencontreux, faire connaissance avec l’écosystème
sous-glaciaire reviendrait aussi à prendre définitivement congé de lui.
L’avenir dira si la conscience d’une catastrophe a permis de l’éviter.
********************
Une équipe de scientifiques russes compte bien atteindre les eaux du lac
Vostok durant la saison 2008-2009, et peut-être découvrir une forme de
vie inconnue. Avec une superficie plus étendue que la Corse - environ 250 sur 50 kilomètres -, le lac Vostok, découvert en 1993 par le satellite d’observation terrestre européen ERS1, est le plus grand des lacs sous-glaciaires connus. Cachées sous 3.750 mètres de glace, à l'est de l'Antarctique, ses eaux sont restées à l’abri de tout contact avec le reste de la planète depuis au moins un million d’années, peut-être plus. A cause de cette situation unique, les scientifiques estiment qu’il pourrait abriter des formes de vie bactériennes primitives sans équivalent à notre époque, et certains n’hésitent pas à comparer leur éventuelle mise au jour à la découverte d’une forme de vie extraterrestre.
L'emplacement du lac Vostok repéré par ERS-1. Crédit
Esa
Dès 1998, une
Nikolaï Vassiliev, directeur de la chaire des technologies de forage de
l’Université de Saint-Pétersbourg, indique de son côté avoir déjà
identifié des protobactéries et des actinomycètes âgés d’environ 500.000
ans dans des prélèvements effectués à 3.000 mètres dans les années 1970,
alors que la présence du lac n’était pas encore connue.
Au cours de cette
saison 2007-2008, une équipe de scientifiques russes (52ème
expédition antarctique) a repris les travaux de forage, et
est parvenue à 90 mètres au-dessus de la surface du lac. «
Au cours de cette saison, nous comptons encore descendre de 50 mètres
supplémentaires. Nous devrions ainsi atteindre les eaux du lac au cours
de la période 2008-2009 », annonce Valeri Loukine, chef de
l’expédition.
Mais derrière le défi
technologique que représente un forage à cette profondeur se profile une
autre contrainte, celle de ne pas contaminer le milieu ainsi découvert
par des micro-organismes contemporains, qui ruineraient toute
observation ultérieure.
Aussi, la méthode
d’exploration adoptée par les Russes présente-t-elle toutes les
garanties de préservation du milieu voulues. L’opération de forage
actuelle se poursuivra jusqu’à atteindre un niveau situé à 20 mètres
au-dessus du niveau du lac. Une petite sonde thermique chauffée à haute
température sera ensuite glissée dans l’ouverture et poursuivra sa
pénétration en provoquant la fusion de la glace. Auto-stérilisée par sa
température, elle percera le plafond du lac et tombera en eau libre.
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Sommaire
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Histoire[modifier]
Le 16 décembre 1957 la seconde expédition soviétique en Antarctique
établit une station scientifique à Vostok. Celle-ci a fonctionné sans
interruption pendant plus de 37 ans. La station a été fermée
temporairement en janvier 1994. Aujourd'hui la station est devenue un
lieu de coopération international utilisé à la fois par les chercheurs
russes, américains et français.
Le 21 juillet 1983, la température record la plus basse jamais
enregistrée à la surface de la terre y a été relevée : -89,2 °C1.
La température y serait même descendue jusqu'à -91 °C pendant l'hiver
1997 mais ce chiffre n'a pas été confirmé par les scientifiques.
En 1996 les scientifiques russes et britanniques découvrirent le plus
grand lac sous la glace au monde, le
lac
Vostok, en dessous de la station scientifique. Le lac Vostok est
situé 4 000 mètres en dessous de la calotte glaciaire Antarctique et
s'étend sur une surface de 14 000 km².
Description[modifier]
La station est située à une altitude de 3 844 mètres au-dessus du niveau
de la mer. C'est la station scientifique la plus isolée du continent
Antarctique . Une distance de 1 253 km la sépare du
pôle
Sud géographique et la côte la plus proche ne se trouve qu'à
1 260 km. En hiver, il est pratiquement impossible de se rendre à la
station et ses habitants ne peuvent alors compter sur aucune aide
extérieure. Sa localisation à proximité du
pôle Sud magnétique (qui s'est déplacé depuis) en à fait un
emplacement idéal pour étudier les variations du champ magnétique
terrestre. D'autres études scientifiques dans les domaines de la
géophysique, de la climatologie et de la médecine y sont effectuées. La
station abrite en temps normal 25 scientifiques en été mais ce nombre
chute à 13 en hiver.
Climat[modifier]
La
plus basse température du monde a été enregistrée à Vostok le 21
juillet 1983 : -89,2 °C1
et la station est connue comme étant le pôle du froid de l'hémisphère
Sud. Mais on peut être certain que la température de l'air est descendue
plus bas en des points plus élevés de la calotte glaciaire Antarctique
puisque la température décroît avec l'altitude. Durant la longue nuit
polaire la température moyenne de l'air est de -65 °C tandis que durant
le bref été elle est de -30 °C. La température la plus chaude
enregistrée à Vostok est égale à -12,2 °C (11 janvier 2002). La
température mensuelle la plus basse a été enregistrée en août 1987 avec
-75,4 °C.
Vostok a un climat de type EF (Polaire d'Inlandsis) avec comme record de
chaleur -12.2°C le 11/1/2002 et comme record de froid -89.2°C le
21/7/1983. La température moyenne annuelle est de -54.1°C.
Source : Le climat à Vostok (en °C et mm, moyennes mensuelles
1971/2000 et records depuis 1973)[1]
Mais d'autres facteurs que la température y mettent à rude épreuve
l'organisme humain.
la sécheresse extrême de l'air ;
un vent dont la vitesse moyenne est égale à 5 m/s (18 km/h) mais
pouvant atteindre parfois 27 m/s (97 km/h) ;
le manque d'oxygène lié à l'altitude (3 844 mètres). Du fait que la
densité d' oxygène décroît lorsqu'on s'approche des pôles, la
densité d'oxygène à Vostok est comparable à la densité d'oxygène à
une altitude de 5 000 mètres à une latitude plus tempérée ;
une pression partielle des gaz différente de celle à laquelle
l'homme est ordinairement habitué ;
une plus forte
ionisation de l'air ;
un déficit de l'air en
CO2 qui
provoque des troubles au niveau des mécanismes de la respiration ;
une
nuit polaire qui dure 3 mois de l'année.
Le temps d'adaptation de l'organisme à des conditions aussi extrêmes
peut durer d'une semaine à deux mois et s'accompagne de maux de tête,
d'une sensation de suffocation, de douleurs aux oreilles, de saignements
de nez, de hausse brusque de la pression artérielle, de perte de
sommeil, de perte de l'appétit, de vomissements et d'une perte de poids
de 3-5 kg.
Forage de la calotte glaciaire[modifier]
Dans les années 1970, l'Union Soviétique effectua à Vostok une série de
forages
à une profondeur comprise entre 500 m et 952 m. Ces forages avaient pour
but d'étudier la teneur en
oxygène
isotopique de l'air emprisonné dans les calottes de glace et
permirent de montrer que ces calottes contenaient de la glace datant de
la dernière
glaciation à une profondeur supérieure à 400 m. Ensuite trois autres
forages furent effectués. Le trou 3G atteignit une profondeur finale de
2 202 m en 1984, le trou 4G atteignit une profondeur finale de 2 546 m
en 1990 et enfin le trou 5G atteignit la profondeur de 2 755 m en 1993.
Après une brève interruption durant l'hiver 1995 le forage du trou 5G
reprit et en 1996 il fut stoppé à une profondeur de 3 623 m à la demande
de la communauté scientifique sur la recherche en Antarctique qui
exprimait son inquiétude d'une possible contamination des eaux du lac
Vostok. L'étude de la carotte glaciaire extraite grâce à ce forage
permit de connaître le climat passé sur une période longue de
420 000 ans. Pendant longtemps ce fut la seule calotte glaciaire dont
les données couvraient plusieurs cycles glaciaires. Mais en 2004 la
calotte glaciaire de l'EPICA
permit de connaître le climat passé sur une période de temps encore plus
longue. En 2003 le forage put reprendre mais fut stoppé à une distance
estimée de seulement 130 m des eaux du lac Vostok.
Bien que le forage de Vostok atteigne une profondeur de 3 623 m
l'extrémité finale de la calotte ne contient plus d'informations
relatives au climat passé car il s'agit de glace provenant du regel des
eaux du lac Vostok. En fait seul les 3 310 premiers mètres de la calotte
glaciaire contiennent des informations exploitables pour la connaissance
du paléoclimat.
Le lac
Vostok gardera ses mystères une année de plus
Les scientifiques russes n'ont pas réussi à achever le forage des glaces et à atteindre à temps le lac Vostok, en Antarctique. Désormais, les conditions météorologiques rendent impossible tout travail et les scientifiques doivent attendre un an de plus pour percer les mystères du lac subglaciaire.
L'expédition russe envoyée en Antarctique a perdu sa
course contre la montre. Celle-ci devait avant le 6 février, date qui
marque la fin de l'été austral sur le continent, percer les quelques
dizaines de mètres qui la séparait du lac Vostok, le plus grand lac
subglaciaire du continent (voir notre article).
Mais le forage intensif de ces deux derniers mois n'a
pas suffi. Depuis la reprise en décembre dernier de ce projet, les
scientifiques se relayaient jour et nuit sur le site pour accélérer le
travail et tenter de l'achever avant la date fatidique. Selon les
dernières mesures, le forage avait atteint plus de 3.700 mètres de
profondeur.
Pourtant ce weekend, l'expédition s'est vu contrainte
de ranger son matériel et d'interrompre de nouveau son travail pour des
raisons climatiques. La fin de l'été austral marque le retour des
températures glaciaires et des vents violents, rendant impossible toute
activité. Ainsi, les scientifiques devront désormais attendre plus de 9
mois et l'autorisation de la commission nationale russe pour reprendre
le forage.
En décembre prochain, il se pourrait qu'ils
parviennent enfin à percer les derniers mètres de glace et à prélever de
l'eau ultra-pure du lac Vostok. Une fois analysés, ces échantillons
permettraient alors, après plus de 20 ans de travail, de révéler les
mystères de ce lac piégé depuis des millions d'années et qui pourrait,
selon les chercheurs, receler des formes de vie encore inconnues.

Lancé à l'initiative de l'université du Wisconsin à Madison et financé à hauteur de la coquette somme de 295 millions de dollars par la National Science Foundation (NSF) des Etats-Unis en association avec plusieurs universités européennes de Suède, de Belgique, d'Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas, IceCube
questions fondamentales posées par l'astrophysique
et la cosmologie.
est de loin le projet le plus ambitieux et le plus coûteux actuellement en cours en Antarctique.
Enfoui profondément dans la calotte glaciaire de l'Est antarctique, un gigantesque détecteur de neutrinos de haute énergie, dont l'achèvement est prévu pour 2009, pourrait fournir aux scientifiques, européens compris, une fenêtre
Les neutrinos sont des particules élémentaires, de masse pratiquement nulle, qui sont engendrées par des réactions nucléaires. Tandis que le Soleil et autres phénomènes approchants produisent des neutrinos de basse énergie, les neutrinos de haute énergie sont produits par des cataclysmes cosmiques lointains et extrêmement violents tels que les trous noirs, les supernovas et le Big Bang.
sans précédent sur l'Univers de même qu'un outil pour répondre à certaines des
Une fois engendrés par ces cataclysmes cosmiques, les neutrinos se déplacent à une vitesse proche de la lumière et ne s'arrêtent pas. Leur masse étant virtuellement nulle, ils n'interagissent que très rarement avec d'autres particules, ce qui leur permet de se déplacer en ligne droite jusqu'aux frontières de l'Univers, traversant les étoiles, les planètes, de vastes champs magnétiques et des galaxies entières comme si ceux-ci n'existaient pas. Des trillions de neutrinos traversent la Terre toutes les nanosecondes et pour les astrophysiciens, chacune de ces particules infimes constitue un messager potentiel transportant des informations sur son origine.
Le problème qui se pose toutefois aux scientifiques est que les propriétés mêmes qui permettent aux neutrinos de transporter ces informations les rendent notoirement difficiles à détecter. Heureusement, il arrive qu'à de rares occasions, un neutrino de haute énergie entre en collision avec un atome. La collision désintègre le noyau de celle-ci et le neutrino se transforme en une autre particule appelée muon. Le muon ainsi créé continue son déplacement sur une trajectoire identique à celle du neutrino et peut être reconnu grâce au cône de lumière bleue qu'il engendre. Connu sous le nom de radiation de Tcherenkov, ce cône peut être comparé aux ondes produites dans l'air traversé par une balle.
Toutefois, pour avoir la chance de détecter une telle collision en apercevant la radiation de Tcherenkov laissée dans son sillage par le muon, les scientifiques doivent pouvoir surveiller un volume gigantesque d'une substance qui soit à la fois parfaitement transparente et plongée dans l'obscurité. La création d'un tel détecteur a été tentée pour la première fois au début des années 1980 au large de Hawaii en plongeant des détecteurs dans les profondeurs de l'océan. Malheureusement, l'expérience fut perturbée par l'imprévisibilité des conditions météorologiques et l'instabilité de la mer.
Ce n'est que quelques années plus tard que l'on imagina que la glace serait la solution idéale. Prolongement du détecteur antarctique de muons et de neutrinos de première génération AMANDA (Antarctic Muon and Neutrino Detector), IceCube, lorsqu'il sera achevé, sera constitué de 5 000 détecteurs photomultiplicateurs enchâssés dans 1 km3 de la calotte glaciaire antarctique entre 1 400 à 2 400 mètres de profondeur sous le pôle Sud: un environnement non seulement plongé dans l'obscurité, mais où la pression est si forte que toutes les bulles d'air et autres éléments perturbateurs ont été expulsés de la glace qui présente ainsi la clarté du cristal.
Une fois mis en place, les détecteurs photomultiplicateurs agiront comme de puissants capteurs pour détecter les traînées engendrées par la radiation de Tcherenkov des muons, amplifier ces faibles signaux plus d'une centaine de millions de fois et envoyer ceux-ci vers la surface où ils seront traités par ordinateur. Sur la base de cette information, les scientifiques calculeront la direction d'où provient le neutrino initial et l'endroit dans l'espace où ils pourront trouver l'événement cosmique qui l'a engendré. Dès qu'ils auront localisé l'événement, ils seront en mesure de l'étudier directement.
D'après Francis Halzen,
professeur à l'université du Wisconsin et directeur de recherche des
projets AMANDA et IceCube, l'aspect le plus extraordinaire de IceCube
n'est pas tant les réponses que ce projet est susceptible d'apporter aux
questions que nous nous posons aujourd'hui au sujet des trous noirs, des
supernovas, du Big Bang, de la matière noire et du futur de l'Univers,
mais le fait que par le passé, à chaque fois que des astronomes ont
ouvert une nouvelle fenêtre sur le cosmos, ils ont découvert des choses
dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence.
