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Remise du prix
Ella Maillart 2007
Prix Ella
Maillart
Notre compatriote Yannick Van der Schueren a obtenu le Prix Ella
Maillart.
Bart Ouvry, Consul général de Belgique à Genève .
Rencontre
avec une Belge en Suisse menant un parcours hors du commun. Un mercredi de
novembre, en route pour une rencontre dans un bistrot dans la Veille
Ville avec Yannick Van der Schueren journaliste belge établie à Genève
Notre compatriote a obtenu au mois de septembre dernier le prix ‘Ella
Maillart’ – une récompense pour jeunes journalistes ayant couvert des
zones à risques. Une belle lumière limpide sur le Lac Léman et le Mont
Blanc brille en toute sa splendeur - le métier de diplomate est parfois
agréable, avouons le – et à 12 heures 30 pile mon invitée est déjà là.
La ponctualité est la politesse des rois mais aussi des genevois. Un retour en
arrière quand-même. Dans les années ’50 André Van der Schueren
participait à une expédition belge en Antarctique. A son retour les
opportunités sont nombreuses mais l’aventure de la recherche des
particules infiniment petites le tente. Fondé en 1954, le CERN est à ce
moment là, l’une des plus importantes entreprises européennes. La
famille Van der Schueren trouve un toit à Meyrin, entre la ville de
Genève, son aéroport international et la belle campagne du Pays de Gex
français. Yannick Van der
Schueren se définit comme une Belge suisse – plutôt qu’une Suisse belge.
Elle a la double nationalité belge et suisse mais l’intégration dans la
société suisse est un projet à organiser sur plusieurs générations. Son
parcours personnel n’est pas un long fleuve tranquille. Ses premiers pas
dans le journalisme ne se font pas sans incidents. Elle subit trois
procès en un an suite à des manipulations par une rédaction à la
recherche du spectaculaire et de l’incident. Cette expérience amère la
décide à changer de parcours et à étudier le dessin et la mode à Paris.
De retour à Genève, Yannick se lance dans le monde de la communication
et fonde sa société pour après quelques années revenir quand-même à sa
vocation première, le journalisme. Elle choisit le
parcours le moins facile et se lance comme reporter international
indépendant. Commence alors un périple dans des zones chaudes. Sa
première cible est la Tchétchénie – pourquoi ? : ‘Simplement, parce que
les choses se passent là.’ Elle voyage souvent sous son passeport suisse
– avant tout parce que l’ancien modèle était utile par sa couverture qui
portait la croix blanche du drapeau suisse. La ressemblance avec
l’emblème de la Croix Rouge Internationale n’est pas un hasard, c’est
bien le drapeau suisse – mais en inversant les couleurs. Pas mal
d’interlocuteurs dans les zones de conflit font l’amalgame entre le
passeport suisse et un document de passage conférant l’immunité. Souvent
Yannick utilise aussi son passeport belge : ‘on évite l’effet
coffre-fort dans les zones où l’industrie de l’enlèvement sévit’ – les
suisses étant souvent considérés comme des gens fortunés. C’est le
revers de la médaille d’une réussite de l’industrie des montres et de la
banque privée helvétiques. Les deux passeports sont un atout parce
qu’ils permettent aussi de jongler les visas entre différents pays
incompatibles. Yannick Van der
Schueren entame un périple dans les zones où ça chauffe : Afghanistan,
Liban, Irak, Soudan. Son profil de jolie jeune femme européenne lui vaut
de passer plus souvent que d’autres entre les mailles du filet de
sécurité. Des moudjahidines Afghans, facilement méfiants vis-à-vis des
hommes, lui proposent des gardes du corps et semblent véritablement
inquiets de son bien-être. Son approche est pourtant tout autre : loin
des contacts officiels elle essaie de s’intégrer dans la population,
loge peu dans les grands hôtels internationaux, cherche l’hospitalité et
donc la protection des habitants. Depuis 9/11 les
zones chaudes se trouvent forcément dans le monde musulman. Son statut
de femme y est un avantage et lui donne accès à deux mondes : le monde
des hommes est ouvert à cette femme occidentale mais aussi celui
beaucoup plus fermé des femmes. En Irak Yannick loge deux semaines dans
une famille locale. Son but n’est pas de rapporter les évènements mais
de témoigner du quotidien et des sentiments de la population. Souvent
les enjeux du conflit sont tellement étrangers à monsieur ou madame tout
le monde – son séjour en Irak lui a permis de comprendre combien les
Chiites et Sunnites se mêlent dans la société par des amitiés, des
mariages et comprennent mal les causes d’une violence qu’ils subissent
de jour en jour. C’est cet engagement pour comprendre le sort des civils
dans les zones de conflit qui a été récompensé par le prix de reportage
Ella Maillart – un prix créé pour encourager des journalistes ayant
couvert des régions à risques pour les médias écrits de la Suisse
Romande. Régions à risques -
insécurité ? C’est gérable juge Yannick : elle s’organise en réseau et
gère ainsi au mieux les dangers. Ses reportages internationaux
deviennent pourtant de plus en plus difficiles à réaliser : cela coûte
cher et les rédactions n’acceptent tout simplement plus le risque de
couvrir un journaliste dans ces zones à haut risque d’enlèvement. La
presse écrite, en Suisse comme ailleurs, voit ses ventes et ses revenus
publicitaires se réduire comme peau de chagrin. Souvent notre
compatriote parvient à financer ses reportages en travaillant en
parallèle pour des ONG’s, mais de tels arrangements sont loin d’être
idéaux. Depuis fin 2005 Yannick Van der Schueren ne s’est plus rendue en
Irak. Elle le regrette amèrement. Finalement, en zone de guerre on vit
intensément le moment – est-ce que l’on sera encore en vie le soir ? Au cours de notre
déjeuner, nous en venons inévitablement à discuter de la situation
politique en Belgique. Yannick ne couvre pas les péripéties belges pour
la Tribune de Genève mais est souvent consultée comme ‘experte’ du pays.
Elle avoue pourtant ne pas comprendre grand chose à la situation
actuelle et s’enquiert de la signification du mot ‘fransquillon’. Suit
une énième explication de la question linguistique en Belgique et le
conseil de ne pas utiliser ce terme assez péjoratif. Le refus du
bilinguisme, vu de Genève, est difficile à comprendre. La vie politique
belge lui semble souvent ubuesque. Pourtant cette ‘Belgique politique
qui sort du lot’ ne lui déplait pas non plus. La capacité d’autodérision
et l’ouverture des belges face au monde extérieur est une autre
caractéristique qui lui est plus sympathique que le chauvinisme suisse
ou français. La richesse artistique de Bruxelles contraste avec l’aspect
bien rangé de Genève et attire pas mal de jeunes genevois de la
génération de Yannick. L’atmosphère de Bruxelles lui est plus familière
que le Genève Calviniste de banquiers et diplomates où Yannick restera
très longtemps encore une migrante. La vie politique
suisse reste par ailleurs aussi peu lisible que les négociations en
Belgique – la tradition du consensus suisse est peu alléchante d’un
point de vue journalistique. Même si Yannick se réjouit du fait ‘que ce
consensus évite à la droite populiste suisse de Blocher d’imposer sans
entrave sa politique xénophobe’. 14h45 – on n’a pas
vu le temps passer. Reste à régler une note bien belgo-suisse : deux
salades vertes en entrée, deux steaks frites, deux verres de gamay de
Genève et quatre expressos.
************** ( lettre du Consulat belge à Genève - 12-07 )
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